27.03.2008
Pasqua se porte bien mal, ce croque-mort de Marleix a dû le porter jusqu'au cimetière
Il ne respecte rien cet homme-là.
Qui ? Vous le savez bien.
Vous me voyez venir, avec mes gros sabots ?
Oui, je ne peux pas vous le cacher plus longtemps, il s’agit effectivement d’Alain Marleix, ex-secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants est maintenant chargé des collectivités territoriales. Au premier titre, il a eu à assister à l’enterrement de Lazare Ponticelli, dernier poilu, je vous passe les détails, on les a entendus en boucle ces derniers temps. Au second titre, il s’apprête de nouveau à refermer un cercueil, sur une personne encore vivante... Charles Pasqua.
Ah, Charles... Tout un poème... Le Service d’Action Citoyen dont il fut un des créateurs... Les pots-de-vin... Les élections truquées au sein du RPR, il y eut ça aussi... Eh tiens ! puisqu’on en parle, sa dernière œuvre (je vous épargne les lois anti-immigration que Debré a prolongées et qui ont encore un bel avenir devant elles grâce à notre chanoine) concernait justement les élections, mais des élections nationales, celles-là. Charles Pasqua fut chargé du découpage électoral en circonscriptions. C’est ce qu’Alain Marleix est chargé de refaire.
Un bref historique de ces circonscriptions : pour les élections législatives de 1986, François Miterrand avait instauré un suffrage proportionnel par départements. Le but de la tactique était simple : affaiblir la droite en apportant de l’eau au moulin du FN. Lequel eut 35 députés. Coup de bol pour la République : les élus UDF et RPR furent juste assez nombreux (à un siège près à l’Assemblée) pour constituer une majorité sans devoir composer avec l’extrême-droite. Juste après ça, Jacques Chirac, qui n’était pas né de la dernière pluie, réinstitua aussi sec les circonscriptions. Seulement, on ne pouvait pas remettre celles d’avant, c’eût été à la fois inégalitaire (la démographie avait évolué depuis 1958) et contre-productif. Charles Pasqua se livra donc au « charcutage électoral », tel qu’on l’a surnommé.
L’illustre précurseur en la matière, ce fut le gouverneur Gerry, au début du 19ème siècle, dont le nom resta associé à sa technique toute particulière de regrouper les électeurs. Le gerrymandering, en anglais. Pasqua mériterait son mot à lui, lui aussi. Son gâteau électoral fut sacrément bien découpé : le PS n’obtint jamais la majorité absolue à lui tout seul lorsqu’il gagna les élections en 1988 et en 1997. Le RPR et l’UDF eurent une très large majorité en 1993, l’UMP seule en 2002 et en 2007.
Et voilà qu’on veut le refaire, ce découpage ? Il était temps. En plus d’être franchement partisan, il avait été effectué en 1986, sur la base du recensement de... 1982 ! Ça le rendait au moins aussi obsolète que feue notre précédente carte judiciaire. Le Conseil Constitutionnel réclamait à corps et à cris qu’il soit révisé. Mais bernique : les majorités de droite n’avaient nullement envie de perdre leurs avantages durement acquis à la sueur du front de Charles Pasqua... Quant aux socialistes, l’auraient-ils voulu (c’est probablement le cas : contrairement aux apparences, il leur prend parfois l’envie de gagner des élections) que cela leur aurait été impossible. En effet, le PC tient à son groupe et au financement qu’il lui procure. Le découpage de 1986 lui a permis en plus d’être une force d’appoint nécessaire au PS pour obtenir une majorité de gouvernement. Jusqu’à 2007, où les communistes ont été forcés de s’allier aux Verts, tout redécoupage leur aurait porté préjudice, car leurs fiefs auraient été probablement dépecés. D’ailleurs, lorsque le Nouveau Centre a proposé l’année dernière une révision du système de financement des partis représentés à l’Assemblée, le PC n’a fait ni une ni deux : il s’est déclaré en faveur du projet, pourtant pas très joli, bien conscient que c’est peut-être sa dernière législature en tant que groupe.
Oui, le redécoupage est urgent. Les deux circonscriptions de Lozère, les plus petites de France métropolitaine, font chacune moins de 40 000 habitants. La plus grande, la deuxième circonscription du Val-d’Oise, près de 190 000. Mesurez l’écart ! Un électeur n’aura donc pas du tout le même poids suivant la circonscription où il vote. Le découpage, déjà favorable à la droite en 1986, s’est encore accentué dans son sens. Avec la désertification des zones rurales, les populations plus âgées qui ont tendance à voter à droite (on l’a vu lors des dernières présidentielles) se retrouvent avec un poids croissant. A l’inverse, les populations urbaines plus jeunes qui ont tendance à voter à gauche (on l’a vu lors des dernières municipales) sont lésées.
C’est un peu gênant. On n’est pas encore dans la situation des « bourgs pourris » du 19ème siècle en Grande-Bretagne où Manchester n’envoyait pas de députés aux Communes, mais où certains hameaux en élisaient carrément deux, mais si le redécoupage ne se faisait pas, on finirait par s’en rapprocher.
Et donc, mes meilleurs vœux à Alain Marleix pour l’enterrement des dernières œuvres de Charles Pasqua. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir quand même un gros doute sur une impartialité totale, là aussi...
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22.03.2008
De la sécurité en Amérique
Il y a environ un mois, je rentrais d’un voyage d’un peu plus d’une semaine à New York, la ville-monde. Très impressionné.
D’abord par la richesse culturelle incroyable qu’on y trouve. Les quartiers de Manhattan, même s’ils s’embourgeoisent les uns après les autres, restent très différents les uns des autres, offrent une expérience magique et inoubliable... La scène new-yorkaise est quant à elle en perpétuel renouveau. Je passe rapidement sur cela, ce n’est pas le but de cette note de blog.
Car j’ai été aussi impressionné par autre chose : la peur ambiante.
Elle ne se remarque pas au prime abord chez les habitants : ils sont ouverts, rieurs, sympathiques dans leur ensemble. Mais pour beaucoup, c’est une surface. Alors, comment est-ce que ça se passe, la vie, dans un pays en guerre et où l’USA PATRIOT Act est en vigueur, dans une ville victime d’un attentat à grande échelle qui a causé des milliers de morts ?
D’abord, il y a des contrôles partout.
Par-tout. PARTOUT. Absolument partout.
Prenez l’arrivée à l’aéroport. Quand il s’agit de sortir son passeport, il faut en plus montrer patte blanche, si j’ose dire : relevé des empreintes digitales des deux index, puis empreinte rétinienne. Comme comité d’accueil, ça se pose là. Au moins, on est fixé sur l’ambiance. À titre de comparaison, dans une autre société nord-américaine, mais au Canada, cette fois, ça se passe pareil qu’en France : on exhibe sa photo hideuse mais conforme aux normes de son passeport et c’est fini.
Bon, mais ça n’était qu’un premier contrôle... Il y en a d’autres, je vous ai dit. Par exemple, mettons que vous vouliez visiter la statue de la Liberté. Il y a une première vérification à air comprimé avant l’embarquement dans le bateau qui y mène. Il y en a une seconde dans le pavillon devant le socle (seule partie visitable du monument depuis les attentats du 11 septembre), effectuée par le personnel, celle-là. Et, bien entendu, on ne peut pas compter se rendre au sommet de l’Empire State Building sans s’attendre à une nouvelle fouille.
Curieusement... on s’habitue très vite. Mais ça reste dérangeant. Comme un sentiment permanent de méfiance envers tout le monde.
Et puis, il ne faut pas oublier qui a dirigé New York de 1994 à 2001. Rudolph Giulani, voilà qui, rendu célèbre pour avoir pratiqué la « tolérance-zéro » dont nous n’avons eu en France qu’un avant-goût. En conséquence, il y a des voitures de flics à chaque coin de rue. Je crois que j’ai vu davantage de véhicules du NYPD que de taxis jaunes et, ce n’est pas peu dire.
Comme si ça ne suffisait pas, il y a des appels à la dénonciation des comportements délinquants ou criminels. Et attention : pas seulement des affiches annonçant que tel renseignement peut rapporter de 500 à 1000 $, non. Sur de nombreux bus, un message informe ceux qui le lisent qu’en 2007, « 1944 New Yorkers have told us that they have seen something ». En Français : 1944 New Yorkais nous ont dit avoir vu quelque chose. Allez savoir pourquoi, je trouve cette phrase particulièrement terrifiante, d’autant que cette dénonciation peut être anonyme ou rémunérée. C’est vraiment d’un pratique... Et même, sur certaines portes de magasins, un numéro de téléphone est indiqué pour le cas où l’on remarquerait des activités suspicieuses qui puissent être liées au terrorisme.
Si encore les Américains restaient modérés dans leurs réactions... Mais le 31 janvier 2007, une campagne de promotion pour une série télévisée destinée aux enfants a viré à l’aigre à Boston. Des figurines lumineuses des héros de la série ayant été accrochées en ville (un peu à la façon des monstrueux Pères Noël qui fleurissent sur les balcons à l’approche des fêtes), les autorités locales se sont convaincues qu’il s’agissait vraisemblablement d’une menace terroriste. D’où une intervention massive des forces de l’ordre pour les décrocher et arrêter ceux qui les avaient mises là.
Pourquoi est-ce que vous raconte tout ça ? Eh bien, parce qu’en août 2001, j’étais aux Etats-Unis. C’était le temps où les Américains se croyaient absolument invulnérables : pas une agression sur leur sol depuis l’attaque japonaise de Pearl Harbour, soixante ans plus tôt. Dans ce pays épris de liberté (entendons-nous bien : la sienne, avant tout), où la machine d’État avait été combattue sans relâche par Ronald Reagan puis George H. W. Bush, républicains tous deux, il était inimaginable que les citoyens se réfugient derrière ces barrières. Que tout soit à ce point contrôlé, même dans une ville aussi ouverte sur le monde que New York.
Qu’est-il arrivé ? La guerre. Pas la guerre en Afghanistan ou en Irak, mais celle qui les inclut toutes les deux : la guerre contre le terrorisme de George W. Bush, fils du précédent.
Alors, quand je rentre en France et que j’y découvre Nicolas Sarkozy, qui s’est déjà illustré dans le rôle de Premier Flic de France avec l’idée du tout sécuritaire et de la suppression de la police de proximité (revenue par la fenêtre pour essayer d’empêcher la marmite d’exploser), venir jouer les va-t-en-guerre en voulant renforcer le contingent français en Afghanistan contre l’avis du plus gradé de ses généraux et en multipliant les agitations frénétiques du poing en direction de l’Iran... Je ne peux pas m’empêcher de songer que ça l’arrangerait bien, quelques attentats dans le RER... Qu’une guerre perpétuelle de civilisation, que sa vision huntingtonienne du monde lui renvoie, lui permettrait de dérouler un nouvel arsenal de mesures liberticides. Après tout, son modèle, c’est bien l’Amérique, non ?
P-S : cher Nicolas Princen. Je n’ai absolument aucune preuve de ce que j’avance, juste mon intime conviction, forgée à partir de souvenirs de voyage et d’observations de l’évolution de la politique dans mon cher petit pays à moi. Ça s’apparente sacrément à de la diffamation, ce que j’écris là. Je t’en prie, mon grand, tu es absolument libre d’aller cafter.
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28.02.2008
Le coup d'Etat permanent ? Inutile. Nicolas Sarkozy, lui, prend le pouvoir une bonne fois. Et se rate. Pour le moment.
Et donc, au pays de l’USA PATRIOT Act, au pays du waterboarding et des primaires sauvages où les candidats à la candidature s’assaisonnent mutuellement comme une bande de militants trotskistes tombant par inadvertance sur une section communiste, j’ai passé quelques jours d’insouciante et bienheureuse ignorance.
Je n’ose vous dire à quel point j’ai été cueilli en retournant chez moi. Vous savez bien, en France, patrie des Droits de l’homme et ainsi de suite...
Encore tout innocent, je jette un œil distrait aux titres des journaux en ligne. J’avale un café et m’apprête à vaquer à mes occupations. Un détail me chiffonne quand même. Pour les arrestations à Villiers-le-Bel, ils étaient COMBIEN les policiers ? 1200 ? Plus qu’aux Mureaux. Diantre, le Far West se serait glissé jusqu’en France ? Bon, mais je ne suis que très peu étonné. Je commence à avoir l’habitude. Un certain La Boétie m’a pourtant prévenu il y a quelques siècles dans son Discours de la servitude volontaire qu’il ne fallait pas accepter un état de fait, parce que c’est comme ça... mais que voulez-vous ? On a beau tempêter, clamer haut et fort la honte que le gouvernement boit à pleines gorgées en pratiquant pareille opération... On s’essouffle et quand ça advient encore et encore... on ne trouve pas toujours les bonnes pastilles pour la gorge.
En revanche...
J’avais beau dire que je m’attendais à une révision constitutionnelle après l’échec logique du projet de loi Dati, mais là...
Là, pour le coup, je suis cueilli. Mes félicitations les plus sincères, monsieur le chanoine, vous m’avez mis K.O. Je ne vous en aurai jamais cru encore capable après une dégringolade pareille dans les sondages. 33 % hier ! Même Bush a eu besoin de plus de quatre ans pour arriver à un résultat pareil.
Le verbe malsain d’Henri Guaino est bein reconnaissable dans le flot démagogique mais, n’en déplaise à BHL, c’est le Président de la République qui l’emploie et se l’approprie.
N’en déplaise cette fois au chanoine, il n’a pas été élu pour ceci ou cela, ne peut pas s’en servir comme justification pour chaque forfait qu’il commet. Les électeurs ont voté pour lui sur la base d’un programme (brr…) et espèrent le voir le réaliser mais pas forcément en intégralité. Sinon, le chanoine aurait été désigné au premier tour, si vraiment une majorité de Français voulait voir toutes ses mesures mises en application. De toute manière, il n’y a pas de mandat impératif en France. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la Constitution. Oups. Autant pour moi.
Nicolas Sarkozy n’est pas là non plus pour protéger les victimes. Il faudra qu’il s’y fasse, mais il n’est plus avocat depuis longtemps, et il était spécialisé dans le droit des affaires. On voit rarement des cas de viols dans les dossiers de ce genre. Qu’il laisse donc la protection des victimes.
Parlons-en, d’ailleurs. On sait que le chanoine a tendance à mélanger les genres et plus particulièrement ne pas bien voir où se trouve la séparation des pouvoirs. Mais quel est le rôle de la justice dans l’Etat de droit ? Punir les coupables et protéger les victimes ? Non. Du moins pas seulement. Elle doit aussi protéger les coupables. De la vindicte populaire. Je suis toujours très choqué par les associations de victimes demandant la tête d’un homme devant les caméras des JT. Je comprends leur détresse, bien sûr, et je sais que je la partagerais probablement à leur place. Mais ces cris que la démagogie sans freins de Nicolas Sarozy excite doivent être modérés par la justice.
Si l’on crée des « monstres » et qu’on les désigne comme les fléaux de la société, on se défausse bien facilement de ses problèmes sur des boucs émissaires qui ont bien suvent davantage besoin de soins que d’incarcération. J’ai visité la Santé. Je sais que le seul endroit où l’on consomme plus de psychotropes qu’en prison est l’hôpital psychiatrique. Je sais que le taux d’incarcération aux Etats-Unis, pays du tout-répressif où la criminalité à New York est systématiquement combattue par des peines considérables (j’ai déjà parlé du système californien « three strikes and you’re out », en application dans d’autres Etats) est de 7,5 pour 1000 et que ce n’est pas une solution du tout pour la France (0,85 pour 1000 chez nous, déjà en trop forte surpopulation carcérale). Mais allez expliquez tout ça à quelqu’un qui croit que l’on naît pédophile ou que l’on naît homosexuel... ou que l’on peut détecter des dispositions violentes dans le comportement d’un enfant de trois ans.
Je vous fais grâce de ce que m’ont causé les lamentables défenses de l’entourloupe du chanoine par les membres de sa majorité, peu désirés d’être excommuniés à quelques jours des municipales.
Je postulerais bien pour une Green Card, tiens.
P-S : je sais. Le Président de la Cour de Cassation, successeur d'un des nouveaux membres du Conseil Constitutionnel (ça m’étonne que pas un n’ait encore accusé le corporatisme des juges, ont-ils donc une once de décence de plus que McCarthy ?), a clairement rappelé que le chanoine pouvait bien lui demander ce qu’il voulait mais que ça il ne le ferait pas. Je sais que la nouvelle n’en est plus tout à fait une et qu’elle manque un peu de fraîcheur. Elle sentait le pourri depuis le début, de toute façon. Mais je rentre en France et je ne reconnais plus un pays qui a perdu la tête. Laissez-moi aussi le temps de retrouver mes esprits.
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